Edito novembre décembre 2011


LE CHANT DES SIRENES...


Crise de la dette oblige, toutes les prévisions envisagées depuis plusieurs mois sont revues à la baisse chaque jour. Croissance en berne, relance inefficace, chômage en hausse, confiance qui baisse, taux qui montent. Tous les gouvernements européens sont suspendus aux annonces des quelques officines qui décernent les bons points ou plus exactement les fameux AAA.

 

 

À ce jeu un peu complexe qui sort de l’image que l’on pouvait se faire de ce qu’étaient nos démocraties occidentales, il n’est pas impossible qu’au final, les citoyens aient beaucoup à perdre. C’est donc encore eux qui paieront, c’est à dire nous, c’est à peu près tout ce qui est sûr.

 

Dans ce contexte, on peut essayer de comprendre que la proposition de revalorisation faite aux kinésithérapeutes ait été si modeste, pour ne pas dire honteuse. On peut essayer… Mais on n’y arrive pas.

 

Dans ce contexte, on pourrait essayer de comprendre ce qui a amené une minorité de représentants syndicaux à insister auprès de leurs cadres pour obtenir un « oui », loin d’être franc et massif, afin de pouvoir signer un avenant indigent… Mais on n’y arrive pas.

 

Dans ce contexte, on aimerait comprendre ce qui a pu les amener à signer un texte dont ils avaient refusé de travailler certains points (comme les référentiels), alors que tout le monde commence à se douter du fait que l’augmentation n’aura vraisemblablement pas lieu… Mais on n’y arrive pas.

 

Voilà pourquoi le SNMKR refuse de signer. Parce que si consensus et compromis sont nécessaires, la compromission n’est pas utile.

 

En effet, nous avons appris sans grande surprise mais avec beaucoup de désillusion, étant donné nos positions pendant les négociations que la FFMKR avait finalement choisi de signer quand même. C'est d'autant plus surprenant qu'en 15 jours, entre son congrès de Cahors et son congrès extraordinaire à Paris, elle est passée du "non" à 96 % à un "oui" à 51 % !

 

Nous ne considérons pas ce vote comme représentatif des 55 000 kinés libéraux de France. Le SNMKR, OK et la FFMKR étaient sur la même ligne puisqu'il avait été décidé que personne ne signerait en dessous de 2,20€.....Le SNMKR et OK n’ont pas changé de cap et respectent la volonté de la majorité représentative (95% de non) et des non syndiqués.

 

Le plus choquant, c'est qu'en échange d'une revalorisation minime et non garantie en raison de la crise économique, cette signature engage toute la profession dans des mesures coercitives qui sont autrement plus lourdes que la revalorisation envisagée.

 

Il en est de même pour les mesures de régulation démographique.

 

Personne n'a jamais réglé le problème de l’installation dans les zones sous dotées en limitant celle ci dans les zones sur dotées. Le principe des vases communicants n’a jamais fonctionné, les kinés s'installent où ils veulent, et ce n'est pas une aide de 3 000€ par an qui peut tout changer. Il aurait fallu considérer le problème de manière beaucoup plus globale comme nous le demandions, en lien étroit avec les collectivités territoriales. Aujourd'hui, un kiné vit le plus souvent en couple, il a ou il aura des enfants, donc il faut que le(la) conjoint(e) puisse trouver un travail, car un seul revenu ne suffit plus, qu'il y ait une école, un lycée, des transports, un accès aux loisirs et à la culture, etc.

 

Pour autant, le principe d'une aide à l'installation dans les zones sous dotées n'est pas mauvais en soi, ce sont les mesures coercitives qui posent problème. Nous avons été les seuls à en discuter avec les premiers intéressés à savoir les étudiants. A n’en pas douter, si Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez annoncent  la reconnaissance au niveau Master 1 pour les kinésithérapeutes à ce moment précis, ce n’est pas un hasard mais peut être comme étant une compensation à la fin de la liberté d’installation. D'ailleurs, le SNMKR est intervenu auprès des ministres pour demander que l'on regarde plus loin que ce seul avenant qui, de toute façon, ne pouvait pas satisfaire toutes nos attentes.

 

De plus, le SNMKR et OK ont dénoncé les chiffres et le zonage en "bassins de vie" imposés par l’UNCAM car ne correspondant pas à la réalité de terrain. Nous n’étions pas opposés à ce qu'on parle de démographie, mais pas dans ces conditions.

 

Nous restons persuadés que tout était réuni pour qu'on obtienne beaucoup mieux, malgré le contexte économique tendu. Nous n'étions pas obligés de ne parler que d'argent : il était possible de valoriser la profession autrement  comme avec par exemple la création d’un espace de liberté tarifaire proposé par le SNMKR.

 

Le rôle d'un syndicat, c'est parfois de savoir dire non. De ne pas dire systématiquement oui, surtout quand ça va à l'encontre de ce que pense la majorité de la profession n’est pas une faiblesse en soi  mais le signe d’un caractère fort et ambitieux. Malheureusement, le mode de fonctionnement hérité de la loi HPST, avec la "règle de représentativité", a montré ses limites en permettant à la FFMKR de signer seule (car ayant obtenu plus de 50% des voix aux dernières élections URPS). Pour autant, le SNMKR et OK (réunis sous la bannière Union), conscients de représenter aujourd’hui la grande majorité des Kinés, continueront à négocier dans l’intérêt général de la profession et ne succomberont pas au chant des sirènes.